Céret 3eme : Des toros comme on les aime à Céret ! 

 

Six toros de Juan Luis Fraile y Martin pour 

-Octavio Chacon (violet et or): avis et silence – oreille. 

-Joselillo (noir et or) : avis et silence – silence. 

-Gomez del Pilar (blanc et plata) : salut – avis et salut. 

Président : M.Manent. Chaud.3/4 d’arène. 

Des toros charpentés avec des têtes magnifiques, qui ont montré souvent plus de violence que de réelle bravoure au cheval mais qui ont eu droit tout de même à 20 rencontres, cinq dont une à regaton  pour le seul quatrième, un vrai brave celui là qui a été récompensé d’une vuelta al ruedo. A part pour le second, la caste et le genio étaient au rendez vous, surtout chez les trois derniers et malgré toute leur bonne volonté, les toreros ont manqué d’arguments pour en venir vraiment à bout. Une seule oreille mais contestée pour Octavio Chacon qui, il faut le reconnaître s’est montré très présent tout au long de la lidia, que ce soit la sienne ou celle de ses compagnons de cartel. Octavio Chacon met en valeur son toro au premier tiers en le plaçant de plus en plus loin à trois reprises, ce dernier charge allègrement mais ferraille un peu dans le peto et se distrait entre les piques. Juste de force ensuite, le toro charge court avec des intentions peu claires, Chacon d’abord dans le doute, s’arrime pour arracher quelques derechazos méritoires sans régler les problèmes pour autant. Pinchazo, ¾ de lame et 3 descabellos, le Fraile se défend jusqu’au bout. Grand tercio de varas avec le quatrième qui va charger de plus en plus loin à quatre reprises et avec de plus en plus de fougue. Après que les clarines aient sonné, le président, à la requête de Chacon, concède une cinquième pique, mais a regaton. Or le bicho en aurait  bien supporté une vraie et il va s’élancer une dernière fois avec autant de force, mettant le piquero en difficulté et les gradins debout. Chacon peinera à s’imposer ensuite devant ce Fraile très exigeant qui charge avec force dans la muleta et qui ne permet aucune erreur. Souvent sur le recul, il ne cède pas mais reste en dessous de son adversaire. Entière basse al encuentro. Les gradins demandent la vuelta, le président y rajoute une oreille qui sera contestée et que Chacon d’ailleurs donnera à son peon avant d’effectuer un rapide tour de piste. 

Joselillo s’évertue sans grand succès à arracher des passes du second Fraile faible et décasté, une vraie mule qui refuse d’avancer. Méritoire mais sans grand intérêt, cela dure plus que de raison. Metisaca, 2 pinchazos hondos, 3 descabellos. Le magnifique cinquième sort avec fougue du toril, rentre fort au cheval mais sort facilement des deux dernières rencontres après avoir poussé à la première. Au dernier tiers, le Fraile accuse un peu de faiblesse mais ne manque pas de présence, Joselillo malgré quelques bonnes passes gauchères, reste assez marginal dans l’ensemble et ne réalise rien de transcendant. Demie concluante. 

Gomez del Pilar reçoit d’une larga de rodillas le troisième Fraile qui charge sans pousser à trois reprises et qui sera sévèrement et mal piqué. La faena débute très bien par des doblones et deux séries de derechazos puissants, le toro, un peu tardo à l’arrancada, pèse dans la charge et ne lâche plus la muleta. Face à cet adversaire très exigeant, le torero a du mal à garder le sitio, surtout lorsqu’il prend la gauche où il est beaucoup moins à l’aise. La faena se délite. Entière basse concluante. Gonflé à bloc, il va attendre a Porta Gayola le sixième qui arbore une paire de cornes impressionnante ! Il soigne la lidia au premier tiers, le toro s’avérant manso et violent en trois rencontres, avant de le brinder à Chacon. Très volontaire avec la muleta, il va s’arrimer et réaliser quelques bons muletazos isolés, se faisant beaucoup engancher le reste du temps et finissant sa faena au toril dans le terrain d’un toro nullement soumis  qui se défendra âprement jusqu’au bout. Pinchazo, demie et 6 descabellos. 

Le prix Bernard Bertagne de la Muleta et celui de l’ADAC au meilleur tercio de varas ont été décernés au picador Ortiz qui a piqué le quatrième. 

 Céret 2eme : Une matinée intéressante 

 

Quatre novillos de Raso de Portillo (1.4.5.6) et 2 de Doña Maria Cascon Martin pour 

-Angel Jiménez (rose et or): silence – avis et salut. 

-Curro Duran (vert et or) : avis et silence – silence. 

-Aquilino Giron (blanc et plata) : oreille – avis et vuelta. 

Président : M.Roques.  Chaud chaud. 2/3 d’arène. 

De la caste mais quelquefois plus de violence que de bravoure au cheval pour les Raso de Portillo, avec un excellent quatrième, le plus complet du lot. Complexes les deux Cascon mais non dénués d’intérêt. Côté novilleros, Aquilino Giron a laissé une très bonne impression pour son envie et son engagement à la mort. 

Le premier Raso, prévu en sobrero au départ, est le moins joli du lot. Il pousse sans les reins sous la première pique et fait reculer le cheval en le prenant par devant sous la seconde. Angel Jimenez desconfiado et court techniquement ne parviendra à s’imposer vraiment que sur trois ou quatre derechazos, laissant pour le reste l’adversaire maître de la situation. Demie et descabello. Le quatrième vient bien dans le capote de Jimenez qui se montre un peu plus à son avantage. Il charge allègrement  une première fois en poussant avec force le cheval jusqu’qu’aux tablas et s’élancera une seconde fois de loin avec fougue bien que s’employant un peu moins  sous la pique. Plus à l’aise cette fois devant la noblesse encastée de son adversaire, Jimenez va dessiner de très beaux derechazos main basse et corps relâché en conduisant parfaitement la charge du novillo et en mettant en valeur ses qualités par des cites de loin. Moins convaincant sur une courte tentative à gauche, il sera également très maladroit à la mort. 2 pinchazos, entière et 6 descabellos. Petite bronca au président pour avoir refuser une vuelta au novillo qui n’aurait pas été scandaleuse. 

Le premier Cascon s’avère très dangereux dès sa sortie, faisant fi du leurre pour foncer sur l’homme. 3 piques sévères et efficaces vont changer son comportement.Il  semble  en effet avoir laissé de côté ses velléités assassines et  se laisse faire à la muleta le temps de quelques derechazos méritoires de Curro Duran avant de se mettre en mode réserve et de se plomber ensuite. Metisaca, pinchazo et 4 descabellos. Le cinquième novillo remate  à sa sortie. Il rentre fort et pousse sur une première pique mais oblige le piquero à aller  dans son terrain pour deux autres piques où il se défend dans le peto. Entre temps il a fait subir à Aquilino Giron une voltereta impressionnante qui lui a valu de partir immédiatement à l’infirmerie. Au dernier tiers, il charge court et se retourne vite, le novillero en manque de confiance et de recours tehnique n’en tirera pas grand-chose. 3 pinchazos et demie. 

Le second Cascon, violent dans le capote et dans le peto est copieusement châtié à trois reprises dans une lidia un peu anarchique. Il donne également du fil à retordre aux banderilleros qui s’en sortent pourtant honnêtement, avant de faire sauter les planches. Devant ce manso violent qui tire aux planches, Aquilino  Giron ne se démontera pas, montrant autant d’envie à séduire le public qu’à toréer, mais réalisant finalement une faena méritoire, principalement vers les barrières dans le terrain du novillo et se jetant dans les cornes avec une grande sincérité pour loger une entière concluante qui à elle seule valait l’oreille octroyée.  Revenu de l’infirmerie, Aquilino reçoit une ovation chaleureuse avant que le dernier Raso ne sorte, fracassant les planches. Le garçon lui sert 4 largas de rodillas en l’amenant au centre, concluant d’une demie à genou. Le novillo se fait prier pour aller prendre trois rations de pique sans grande classe. Affaibli certainement par sa voltereta et ne baissant pas assez la main, Aquilino cette fois ne parviendra pas à exploiter le potentiel de cet adversaire qui s’éteindra un peu en fin de faena. Par contre il est applaudi  pour son total engagement au moment de porter l’estocade. Estocade qui malheureusement ne sera pas concluante et sera suivie de deux descabellos. 

Observations : Curro Duran remplaçait Maxime Solera blessé à Boujan. Le  prix Bernard Bertagne du club taurin arlésien de la Muleta  ainsi que celui de l’ADAC pour le meilleur tercio de varas ont été attribués à Mario Benitez qui a piqué le 4ème. Deux novillos de Cascon ont été écartés pour des raisons de certificat de naissance apparemment falsifiés. La course s’est déroulée sans sobrero, responsabilité prise et annoncée au micro par le président de l’Adac. 

 Céret 1er : Une tarde mitigée mais entretenue 

 

Six toros de Sào Torcato pour 

-Fernando Robleño (marron et or): vuelta – silence. 

-Javier Cortes (framboise et or): oreille – silence. 

-Juan Leal (bleu canard et or) : silence – avis et silence. 

Président : M.Sicet. Chaud avec petite bise. 7/8 d’arène. 

Présentation irréprochable avec des cornes développées pour les toros de cette ganaderia portugaise d’origine Pinto Barreiros et Gamero Civico qu’on lidiait pour la première fois en France. Ils n’étaient en effet jusqu’à ce jour sortis qu’au Portugal en novilladas, à l’exception d’un novillo lidié à St Perdon. Décevants au premier tiers (17 rencontres) avec une mansedumbre plus ou moins marquée, excepté le premier qui s’est employé un peu sous la pique, ils ont affiché des comportements variés par la suite. Noble et juste de force le premier, manso con casta le second très intéressant, faible et creux le troisième, maniable le quatrième, plus compliqués les deux derniers devant lesquels les toreros ont séché. 

Le premier toro répète sans problème dans le capote de Robleño mais fléchit sur le remate. Il charge à trois reprises la cavalerie en s’employant moyennement.  Robleño débute bien sur la droite où le toro, bien que juste de force, charge avec noblesse en mettant  la tête dans le leurre. On retiendra une excellente tanda de derechazos mais la faena baissera vite d’intensité, en particulier sur le piton gauche où le maestro se montrera moins convaincant, pour s’étioler tandis que le toro s’éteint. Entière tombée. Le quatrième se défend sous les piques, sortant seul de la troisième. Méfiant et marginal la plupart du temps devant ce toro très armé mais maniable, Robleño fait le boulot sans plus et sans transmettre sur les gradins. Entière concluante. 

Le second, armé large, affiche un comportement de manso dès sa sortie en piste. Piqué copieusement, il pousse et sort seul de la première rencontre, se défend dans le peto à la seconde et recule à la dernière pour aller recharger le piquero alors qu’il sortait. Au second tiers, les banderilleros se méfient de ce toro qui fuse et les poursuit jusqu’aux planches. Le banderillero Abraham Neiro qui a eu chaud aux fesses à deux reprises, plantera néanmoins deux très bonnes paires et saluera. Alors qu’il avait été un peu débordé à la lidia du premier tercio, Cortés va débuter avec beaucoup d’autorité sa faena, révélant ainsi la noblesse de son adversaire qui s’engouffre avec force dans la muleta pour quelques séries de derechazos d’une grande intensité, suivies d’une série de naturelles liées avec beaucoup de temple. Plus en retrait sur la fin, il domine un peu plus difficilement la charge vibrante  du toro qu’il aura du mal à fixer à la mort mais conclut sur une bonne estocade  coupant ainsi la seule oreille de la tarde. Un tercio de varas pas tout à fait orthodoxe mais efficace de Gabin face au cinquième qui sort, revient, recule. Cortés fera des efforts sans grands résultats devant ce toro qui garde la tête haute et derrote dans les passes. Faena heurtée et sans ligazon. Pinchazo, entière et deux descabellos. 

Deux piques sans grand relief et une vuelta de campana pour le troisième faible et sans transmission devant lequel Juan Leal devra jouer les infirmiers, nous faisant oublier un moment qu’on était à Céret !! ¾ tombée. Le dernier n’est pas très franc du collier dans le capote. Il donne de la corne sans pousser dans le peto lors de trois rencontres et arrive au dernier tiers avec une charge brusque et pas mal de genio. Volontaire mais impuissant à dominer la situation, Leal va friser à deux reprises la correctionnelle après s’être fait avertir dès les premiers muletazos. Il subira une voltereta sur le piton gauche et se fera à nouveau soulever en portant l’estocade. La mise à mort sera d’ailleurs très compliquée, le toro chargeant violemment tout ce qui se présente devant lui. Pinchazo, demie et trois descabellos. 

 

Photos Michel Volle, reseñas Nadine Regardier pour Toreria